Vendredi 18 juillet
Nous faisons grasse mat, nous prenons une énorme douche, que ça fait du bien de traîner au chaud ! Il fait un temps épouvantable dehors, grosse pluie + vent + brouillard, super… J’envisage de rester ici une nuit de plus, pour rayonner dans le coin, mais la guesthouse est au complet ce soir, zutre !
Bon, vers 14h, nous nous secouons, il faut quand même aller voir ce fameux Cercle d’Or, invention du marketing touristique désignant les 4 sites les plus visités du pays. Dis comme ça, cela ne donne pas trop envie, mais paraît-il quand même que c’est à voir.
Nous commençons par Gullfoss, cascade de 32 m de haut seulement, mais puissante et dégringolant par paliers. Son nom signifie « Chutes d’Or », parce que les jours de beau temps, un arc-en-ciel l’enjambe. Nous y restons 5 mn chrono, nous nous faisons rincer, en plus c’est tempête, et il y a 150 bus de touristes, donc bon, nous passons à côté du truc…
Nous continuons par Geysir, c’est d’ailleurs de ce lieu que vient le mot « geyser ».
Un geyser, c’est une source chaude formant un puits dont le fond est très chaud. L’eau située en bas voudrait bouillir, mais elle en est empêchée par la pression de la colonne d’eau qui la surmonte. La moindre perturbation dans cette colonne permet une décompression : l’eau chaude qui entre brutalement en ébullition est alors projetée très haut par la poussée de la vapeur (entre 10 et 30 m, et avant 1950, le plus gros geyser pouvait monter jusqu’à 60 m).
Il pleut à verse, nous sommes déjà mouillés de Gullfoss, alors un peu plus… Au milieu des nuages de vapeur chaude et des sources bouillonnantes, nous arrivons à voir le geyser principal, Strokkur : c’est plutôt rigolo, ça bloubloute pendant un moment, puis les mouvements d’eau se font de plus en plus amples, jusqu’à ce qu’une grosse bulle se forme, et paf, ça jaillit d’un coup !
Définitivement trempés (moi qui avais enfin réussi à tout faire sécher cette nuit…), nous reprenons la route et continuons jusqu’à Thingvellir, à 50 bornes de là. Nous avons de la chance, il s’arrête à peu près de pleuvoir quand nous arrivons là-bas, et nous en profitons pour faire une petite balade dans le coin.
Thingvellir, c’est un lieu géographique et historique très important en Islande.
Géographiquement, nous sommes dans un fossé d’effondrement entre les 2 plaques, nord-américaine et eurasienne. La faille n’est pas immense, mais c’est chouette de se balader au milieu, en imaginant ce qu’il y a sous nos pieds !
Historiquement, c’est ici qu’en 930, les chefs de clans créent le premier parlement « européen » : une cinquantaine de chefs, réunis chaque année, cherchaient des consensus pour régler les conflits, et surtout, édictaient des lois.
J’en profite pour faire un rapide cours d’histoire islandaise aux garçons. Avant le Moyen-Age, il n’y a rien ou pas grand chose. Les premiers colons sont des moines irlandais, qui débarquent au VIIIè s. Puis arrivent les vikings norvégiens au IXè s, qui fuient le système monarchique injuste et recherchent de nouvelles terres à cultiver. Le pays passe sous domination norvégienne au XIIIè s, puis sous domination danoise à la fin du XIVè s, lorsque la lignée du roi de Norvège s’éteint. S’ensuit une période sombre, famine, épidémie, guerre de religion, oppression danoise, puis peu à peu, émergence d’un mouvement pour un statut autonome… Il faudra attendre 1944 pour que l’indépendance de l’Islande soit proclamée, à Thingvellir justement.
Intéressant aussi, les femmes occupent un rôle clef dans la politique du pays : droit de vote en 1915 ; Vigdis Finnbogadottir première femme au monde élue chef d’état en 1980 (mère célib d’une petite fille de 8 ans adoptée) ; Johanna Sigurdardottir premier ministre depuis 2009 ouvertement homosexuelle et mariée à sa compagne depuis 2010 ; Agnes Sigurdardottir première femme élue archevêque en 2012…
Vous noterez au passage la composition des noms : le nom de famille est composé du prénom du père suivi de « son » pour un fils ou « dottir » pour une fille : mon nom islandais serait donc « Bénédicte, fille de François ».
Bref, pour en revenir à notre Cercle d’Or, Gullfoss bof, Geysir pas mal, et Thingvellir sympa. Il faut dire aussi qu’en fin de parcours, après avoir vu tous ces paysages incroyables, nous sommes moins facilement impressionnables. Mais quoi qu’il en soit, je vois souvent des agences de voyage qui proposent des courts séjours Reykjavik + Cercle d’Or, et franchement, c’est peu représentatif du pays, et pas le plus intéressant, loin de là…
Nous repartons de Thingvellir vers 17h, et je ne sais pas quoi faire : il pleut, nous n’avons pas de point de chute intéressant, nous sommes mouillés, et il nous reste encore 24h avant de rendre la voiture. Je roule un peu au hasard, avec vaguement l’idée d’aller me poser vers Reykjavik qui n’est qu’à 50 km, et puis sur la route, le long du lac, je vois 4 petits cottages mignons, hop, je prends le chemin, à peu près certaine qu’il n’y aura pas de place, et la proprio me dit que oui, il lui reste un cottage, pour 2 seulement, mais je lui dis que c’est ok pour nous, nous pouvons dormir à 3 dans le même lit, cela fait 15 jours que nous dormons dans une voiture… Et nous voilà installés dans un petit cottage tout mimi, avec terrasse, salon/kitchenette, chambre et salle de bains, tout ça rien que pour nous, classe
! Je laisse les garçons ravis au cottage et je vais faire quelques courses, de quoi nous faire un bon apéro et un petit repas chaud. Un peu de confort et de chaleur, quel bonheur !
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